Le Coota - Kerhillio

Silence Radio

Scène du pays de Lorient. Silence Radio vient de sortir un album rock-pop tout en énergie et en fraîcheur. La jeune formation décline un répertoire en français, et cela fait un bien fou…

« Frontières, frontières, colère, colère. » À ceux qui écouteront le 11e titre de l’album Drapeau blanc, une double évidence s’impose. Oui, on sent que le chanteur, Axel Boulc’h, 22 ans, a beaucoup écouté Bertrand Cantat, la voix de Noir Désir. Le phrasé est là, la puissance vocale aussi. C’est aussi là que cela ouvre tout un champ des possibles pour Silence Radio.

Il est normal pour un premier album, d’honorer ses pairs. Ici, la formation va puiser ses influences dans le rock. Et dans ses années les plus psychédéliques. Alex Boulc’h cite les iconiques Pink Floyd, Led Zeppelin, Janis Joplin, The Doors, Rory Gallagher. Il y a pire… Les guitares sont aériennes, soignées. Le socle basse-batterie est solide. Il y a un vrai sens de la mélodie.

Du morceau Les Bonnes fréquences à Merci, – il faut écouter un album dans son entier -, il y a une belle unité. Qui n’empêche pas de se frotter à différents styles. On peut lorgner du côté du reggae, avec Marche ou crève. Intéressant. Mais c’est plutôt du côté Mille qu’il faut aller creuser. On sent alors qu’Axel Boulc’h a en bouche ce qui peut faire le sel du groupe. Pour le chanteur, les rappeurs sont les poètes des temps modernes. Il cite les « classiques » I Am et NTM, il admire Kacem Wapalek, spécialiste de l’allitération. Alors, ça vibre, ça cherche et c’est là que se tiennent les plus belles promesses de Silence Radio.

Fuyons le lisse

Très symbolique, le groupe s’est longtemps appelé No man’s land, nom avec lequel il a gagné plusieurs tremplins. Silence Radio sonne plus juste. Il fuit les anglicismes comme il déserte la langue de Shakespeare. À l’anglais, Alex Boulc’h n’y voyait aucun point positif. Lui préfère le verbe de Brassens, Brel et Ferrat, les mots qui nous chantent, nous touchent maternellement le corps et l’âme. C’est devenu tellement rare, sur des ondes qui préfèrent une espèce de « gloubi-boulga » ambiant et ennuyeux, où les voix s’uniformisent et au final, ne portent rien.

Il suffit d’écouter Que racontes-tu de beau ?, un a cappella audacieux, un pamphlet contre la montée de nos extrêmes. C’est ambitieux, parfois maladroit par le jeu de rimes parfois trop appuyées. Mais ce n’est pas lisse. Ici, pas de chansons d’amour ou sur son petit nombril. On s’intéresse davantagesur la place que chacun tient, dans un monde bouleversé, et le rôle que l’on peut tenir pour que cela change.

 

source ouest france